La globalisation a réduit les États libres et souverains à de simples satellites dirigés depuis des rampes de lancement placés en Occident. Il est donc difficile de localiser d’où viennent les ordres. Cette gestion du monde par une oligarchie gloutonne attise les appétits qui perturbent l’ordre des grands maîtres par leur boulimie excessive dans les pays pauvres et plus particulièrement en Afrique. Ainsi, le coup d’État au Mali, bien que prévisible, a échappé à la vigilance de la France et de ses commanditaires locaux. Le coup d’État militaire au Mali a sans doute bousculé les codes. Il n’est pas l’œuvre de la France qui a installé à la tête de ce pays un homme honni par son peuple et incapable de trouver des solutions contre la violence et l’insécurité dans son pays.
Le peuple malien a copieusement salué l’action militaire. La rue malienne a vu son président mener un train de vie qui trahit les sacrifices consentis par celle-ci. Incapable de gagner la guerre ouverte contre le terrorisme, les militaires maliens, mal équipés et soumis à la coopération française, rongeaient leur frein. Cette humiliation n’était plus supportable par les gradés.
Le bruit des bottes était prévisible. Les échecs sur le terrain faisaient perdre toute crédibilité à ces militaires mal chaussés et moqués par les djihadistes. Ces drames s’ajoutent aux violences communautaires. Les morts se comptent par centaines entre les éleveurs peuls et les milices dogons.
Ces tragédies n’ont trouvé aucune solution par le gouvernement. Bien au contraire, la lutte s’est intensifiée avec l’insurrection des jihadistes au nord du pays.
Les initiatives tardives du président démocratiquement élu, Ibrahim Boubakar Keita, n’ont pas eu raison de l’homme de la rue ni des djihadistes qui ont infligé à l’armée de très lourdes pertes. Beaucoup ont commencé à s’interroger sur le rôle de la force Barkhane basée à Kidal dont le sous-sol est une véritable mine d’or.
Dans une démocratie digne de ce nom, nous pouvons certes condamner le coup d’État militaire. Mais nous pouvons aussi comprendre que c’était un mal nécessaire dans un pays corrompu où rien ne laissait transparaitre une volonté politique de combattre la pauvreté galopante malgré les efforts financiers régulièrement soutenus par la diaspora malienne.
Le rôle trouble des organismes internationaux après le coup d’État
Le président malien a entrainé dans sa chute prévisible un concert de voix dont la tonalité vient nous rappeler les actes sordides qui ont endeuillé la Côte d’Ivoire, le Rwanda, et aujourd’hui le Cameroun. Les voix se sont élevées pour dénoncer un acte odieux et irréfléchi qui piétine la démocratie au Mali. Certes, le régime du Mali a su tolérer les marches de protestation pour demander le départ de son président. Ailleurs en Afrique francophone, aucune marche de protestation de l’opposition n’est tolérée. Les contrevenants s’exposent à de lourdes condamnations quand ils ne sont pas simplement écrasés par la police et l’armée des dictateurs en exercice.
IBK a aussi initié un dialogue national. Mais il était trop tard. Le peuple ne voulait plus de lui. Le coup d’État a ainsi mis fin à une oligarchie corrompue comme il existe en francophonie africaine.
Le coup d’État militaire au Mali a permis de porter un jugement de valeur sur la gestion calamiteuse en Afrique francophone. Les organismes internationaux tels que l’ONU, la CEDEAO, et l’Union Africaine sont montés au créneau pour dénoncer l’acte odieux et barbare qui tue la démocratie en Afrique.
Nous attendons toujours de ces organismes une conduite impartiale et responsable pour dénoncer les élections truquées en francophonie, la gabegie des régimes en place et les emprisonnements arbitraires des opposants politiques et des journalistes. Nous souhaitons qu’ils sortent de leur silence complice pour dénoncer l’arbitraire, le vol et le pillage des États qui appauvrissent volontairement leurs citoyens pour mieux les contrôler et les asservir.
Les condamnations du coup d’État militaires au Mali par les capitales africaines et occidentales nous laissent dubitatifs. Pourquoi restent-elles silencieuses face aux souffrances de l’Afrique par des dirigeants corrompus, soumis et dont l’exercice favori est le tripatouillage des constitutions et le bourrage des urnes ? Au nom de la légitimité et du respect des constitutions, nous attendons de ces capitales qu’elles dénoncent la course au troisième mandat des présidents africains en exercice. Leurs voix seraient plus crédibles.
Le communiqué laconique du président de la commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, qui a condamné énergiquement le coup d’État au Mali est à l’image de cet organisme qui a choisi de soutenir ceux qui saignent l’Afrique. Pire encore, le rôle trouble de la CEDEAO qui exige le retour d’IBK.
Nous ne le dirons jamais assez, l’Afrique a besoin de ses enfants pour sortir des griffes de ses prédateurs placés par l’Occident. Elle ne saurait plus supporter la présence sur son sol des présidents honnis et corrompus qui trahissent leurs peuples pour des intérêts égoïstes qui ternissent l’image du continent.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste

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