Le coup d’Etat en Guinée nous interroge à juste titre. Passés les applaudissements de la rue et les condamnations, la destitution d’Alpha Condé, monarque parmi les monarques, montre une fois de plus les faiblesses de notre sécurité intérieure que nous confions à nos détracteurs de la françafrique et le recul de notre souveraineté indispensable au développement.

Si le départ d’Alpha Condé est justifié sur le plan institutionnel, son remplaçant devrait donner des gages de garantie. La prise de pouvoir du nouvel homme fort de Conakry nous ramène, qu’on le veuille ou non, au parcours rocambolesque de Moussa Dadis camara dont le souvenir ne saurait glorifier la Guinée. Le pédigrée du nouveau Messi en Guinée, le Lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya, ne plaide pas en sa faveur. En 2011, il était encore à la Légion étrangère en France qui est un corps d’armée réputé pour les opérations musclées. Et si Mamady Doumbouya, entré en Guinée en 2011 n’était que le bras armé ou une taupe de la françafrique ? La question devrait se poser car le Légion Étrangère est un nid de barbouzes.

Alpha Condé s’est fait piéger. Pour renforcer sa garde prétorienne, le despote, qui a rempli ses prisons d’opposants politiques, a fait appel à ses amis français qui lui ont recommandé le légionnaire de l’armée française, Mamady Doumbouya. Il a fait entrer un loup dans la bergerie et il en assume les conséquences.

Mais ce qui surprend l’homme de la rue, c’est l’habilité et la rapidité des « amis de l’Afrique » à dénoncer un acte insensé qui remet en cause un « pouvoir légitime ». Dans cet exercice loufoque, on trouve aux premières loges les gouvernements en Occident. Ils sont suivis par l’ONU, l’Union Européenne, les Etats-Unis, l’Union Africaines, la CEDEAO, etc. Le concert des condamnations est unanime pour dénoncer un acte barbare qui égratigne la démocratie.

L’hypocrisie est ici à son comble. Pourquoi faudrait-il continuer à soutenir des régimes dont l’oppression n’a d’égal ? L’Afrique est aujourd’hui confrontée à une jeunesse qui veut vivre et s’impliquer dans la gestion du patrimoine national. Or les dirigeants actuels, c’est-à-dire les monarques de service, continuent à diriger les Etats comme au siècle dernier. Ils le font avec la complicité des maîtres occidentaux car ils ne sont que les gardiens des ressources minières et agricoles exploitées par les multinationales. La frustration du citoyen n’est rien d’autre qu’une bombe à retardement qui finira par exploser car la jeunesse africaine est de plus en plus résiliente.

L’empressement des organismes internationaux à condamner le coup d’Etat en Guinée ne devrait donc pas surprendre la jeunesse africaine. Ces gardiens du temple ont le même objectif : maintenir au pouvoir des affidés. Faut-il déduire que ceux qui soutiennent ces régimes sectaires sont inconscients ou aveugles ? Qui peut, à l’heure actuelle, ignorer les drames en Méditerranée ? Qui est responsable des crimes économiques dans un continent où seuls 3% de la population est vaccinée contre la Covid-19 ?

Certes, les coups d’Etat sont condamnables dans une démocratie. Mais dans les autocraties, ils restent la seule issue pour se débarrasser des potentats irascibles qui s’accrochent au pouvoir, au mépris de leur constitution, malgré l’âge, l’incompétence et le manque de discernement.

Alpha Condé doit rendre des comptes au peuple. Les injustices et la gabegie des pouvoirs ne peuvent être éternellement étouffés. Alpha Condé le savait. Mais il ne pouvait plus échapper à son destin car il a trahi tous ceux qui voyaient en lui un homme de la « Sorbonne », ce haut lieu de la liberté et de l’épanouissement de l’être.

Les mandats de trop sont aussi condamnables que les coups d’Etat. Ils plongent le citoyen dans une agueusie politique qui fait sombrer les plus vaillants. La communauté internationale ne sort pas grandie par ses prises de positions grotesques. L’Afrique a le droit de choisir librement ses dirigeants. Il faut mettre fin à tous les interventionnismes dont le seul but est de vider l’Afrique de ses ressources et de la maintenir dans une pauvreté systémique.

Qui se souvient qu’en Guinée, lors du scrutin du troisième mandat de l’intellectuel autoproclamé Alpha Condé, un démocrate parmi les démocrates, la police avait sauvagement tué des citoyens au cours d’une manifestation pacifique ? Cette barbarie n’a pas eu d’écho. Plus d’une centaine de morts ! Un chiffre de cette envergure aurait fait sauter le plus incongru des dirigeants en Occident.

Les dérives autoritaires des pouvoirs monarchiques en Afrique conduisent inéluctablement à des coups d’Etat. Alpha Condé en paie le prix en attendant la prochaine proie que la communauté internationale condamnera et qui sonnera encore plus le crépuscule de l’Occident en Afrique.

Alpha Condé a été piégé par la répression qu’il a mis en place dans son propre pays. Celui qui vociférait sans vergogne qu’en Guinée il n’y aurait pas de troisième mandat s’est piégé lui-même. Il a été suivi par son ami intime, Alassane Ouattara. Sa machine de guerre s’est grippée. Il en porte la responsabilité. La chute de cet inoxydable peut-elle servir de leçon à tous nos trafiquants de constitution ? L’Afrique ne s’en porterait que mieux. Comme tous les dirigeants d’Afrique francophone, Alpha Condé, l’homme de la Sorbonne, souffrait du complexe du colonisé : il faut plaire à Paris pour exister.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste Indépendant

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