En dehors de l’appellation aujourd’hui obsolète de ville industrielle, la pouzzolane et le ciment sont la marque déposée des artères du centre ville d’Edéa. Devant l’hôtel de ville comme en contrebas du marché central, ce bitume spécial encombre la chaussée et déteint sur le centre médical d’arrondissement Baptisé « Hôpital Delangue ». Le bâtiment a perdu de son lustre d’antan, bien qu’il porte un nom célèbre à Edéa, celui du premier médecin chef camerounais décédé en 1956 dans des conditions troubles.

Né à Abbé à une quarantaine de kilomètres  d’Edéa dans l’arrondissement enclavé de Mouanko, très tôt ses parents le confient à   Monsieur Bonny Matanda, Moniteur supérieur à l’école régionale d’Edéa, d’où il sortira quelques années plus tard pour l’école supérieure de Yaoundé, puis à Ayos qui préparait les « aide de santé ».

Admirateur du général Charles  De gaulle, Le futur médecin, né Charles Elangue, s’auto baptise D’Elangue. Brillant mais indiscipliné, il est renvoyé d’Ayos parce qu’il a boycotté la proclamation des résultats de sortie, contestant la première note décerné à son camarade, ‘major de la promotion’. Il quitte Ayos sans diplôme de la 4e promotion de l’école de médecine, au contraire de ses camarades de promotion : Simon Pierre Tsoungui (major) ; Timba Ebongue ; Charles Assigui Tsungui, Bebey Eyidi…Il quitte Ayos avec un verdict sans appel du directeur européen de l’école : « Delangue, tu ne seras jamais médecin » !

Entretemps éclate la 2e guerre mondiale… Charles Delangue est engagé dans les forces navales françaises en 1939. Il fera la campagne du Gabon, du Congo, de Lybie. Le rescapé est ensuite démobilisé après la bataille de Bir-Hakem en Lybie et rejoint Pointe Noire jusqu’à la libération  en 1944.

Toujours hanté par son désir de devenir médecin, il veut poursuivre ses études à Dakar comme la plus part de ses camarades d’Ayos. Mais son dossier disciplinaire ne lui est pas favorable. L’administration coloniale veille au grain. A cela s’ajoutent les punitions subies durant les 4 années passées dans les forces navales françaises. Sans bourse, il s’envole donc pour la France et bénéficie de la loi du 11 octobre 1945 autorisant les ressortissants des colonies de postuler pour les grandes écoles. Ayant ainsi échappé au diktat de l’administration coloniale du Cameroun, Il s’inscrit à la fac de médecine de Paris et en sort à l’âge de 30 ans nanti d’un doctorat en médecine, spécialité gynécologie, avec mention très honorable.

De retour au Cameroun, le docteur Delangue est engagé avec l’appui de la faculté de médecine de Paris et affecté à l’hôpital Laquintinie de Douala, puis  Batouri, comme médecin chef, ensuite Eseka. Il démissionne de la fonction publique en 1954 et ouvre  un cabinet médical. Pas pour longtemps car l’administration coloniale qui a une carence de médecins le rappelle et l’affecte à Yabassi. C’est en avril 1956 qu’il quitte Yabassi pour Edéa, comme médecin chef de l’hôpital qui porte aujourd’hui son nom. 

Il trouvera la mort le 19 décembre 1956, à la suite d’une embuscade alors qu’il battait campagne dans la région de la Sanaga Maritime pour les élections du 23 décembre…boycotté par l’UPC.

Edouard Kingue

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