Le monde assiste, depuis plus de quatre années, à une guerre qui divise le Cameroun. Elle oppose le pouvoir légitime à des sécessionnistes qui ont choisi la voie de la violence pour créer un nouvel état dénommé Ambazonie. Cette guerre fratricide oppose deux clans qui ont une vision très opposée des aspirations légitime d’un peuple.

Il serait prétentieux aujourd’hui de jeter l’anathème sur les belligérants. La souveraineté géographique du Cameroun ne saurait être remise en cause. Mais, certaines questions peuvent se poser. Qu’est-ce qui justifie cette guerre ?

Dans un système politique où la parole est confisquée, le débat reste stérile. Or nous savons que cette guerre est inappropriée, comme la plupart des guerres. Elle est la conséquence d’une vue réductrice de l’esprit. C’est la posture d’un pouvoir qui n’évolue pas et qui ne prend pas en compte l’histoire de l’humanité. Les coups de feu qui ont éclaté lors du récent séjour du premier ministre à Buéa nous rappellent que la guerre est présente.

La guerre est la dernière solution entre deux ou plusieurs partis qui revendiquent des droits légitimes ou non. Elle est fatale et freine les aspirations de ceux qui sont convaincus que la vie est très importante et qu’il ne faut pas la sacrifier pour des objectifs obscurs et sans lendemain.

Le Cameroun n’a pas besoin d’une guerre pour nourrir ses enfants dont les besoins évoluent à cause d’une démographie incontrôlée et un chômage galopant. Le pays subit, malgré lui, un climat qui plombe toutes les énergies vives indispensables au développement et l’épanouissement du citoyen. Ce développement ne peut aboutir si le système central catégorise sa population. Les avantages et les inconvénients à l’équilibre humains sont liés au mode de gouvernance choisi par ce pays et qui devrait adhérer le plus grand nombre. C’est ce que nous appelons couramment la démocratie représentative. Elle est à l’opposé du prétendu dialogue proposé par Paul Biya qui n’a pu concilier les deux camps et libérer tous les prisonniers anglophones.

A qui profite cette guerre ?

Dans un pays enlisé dans les méandres de la corruption, la guerre profite d’abord aux marchands d’armes. Elle est aussi une source de revenue très important pour les poids lourds du régime où les rétro-commissions gonflent leurs comptes en banques.

Ne soyons pas dupes. La sale guerre qui ne dit pas son nom est une source de revenus pour les va-t-en-guerre qui y trouvent un profit inespéré en ces temps de crise généralisée.

Faut-il rappeler que notre puissant voisin, le Nigéria, a aussi connu une guerre de sécession qui a appauvri le Biafra et affamé ces enfants ? Ce pays a payé très cher les pertes en vie humaine qui n’ont pu redresser son blason. A qui a profité cette guerre ? Peut-on parler dans ce cas de vainqueurs et de vaincus ?

C’est toute l’Afrique qui a été écorcée. Les stigmates sont toujours visibles et les rancœurs aussi. Pourquoi une guerre si on peut se parler ? Le rapport des forces n’est pas la meilleure solution. Le Vietnam et l’Afghanistan nous prouvent encore aujourd’hui que les armes ne suffisent pas à taire un peuple et à gagner une guerre. Encore moins les enfants d’une même patrie. Le sang qui coule devrait nous interpeller. Pourquoi coule-t-il ?

Le moral des troupes est au plus bas

Les morts se comptent par milliers depuis le début de cette guerre fratricide et absurde. Si nous nous posions de bonnes questions, il est évident que cette guerre serait derrière nous. Elle oppose deux camps d’une même famille. Pourquoi pas un dialogue inclusif qu’un entêtement qui conduit à des pertes de vies de femmes et d’hommes qui aspirent à une vie pleine et jouissive ?

L’Afrique et le Cameroun ont des objectifs majeurs de développement qui résoudraient les crises existentielles que nous traversons. Les budgets affectés à la guerre serviraient des causes plus nobles et adaptées dans un pays où le revenu moyen baisse continuellement. Il est donc temps de se remettre en cause et de regarder vers la même direction.

Le Cameroun est un et indivisible. La sagesse doit l’emporter. Le parti au pouvoir doit trancher rapidement et mettre fin à une guerre qui traîne en longueur et rassurer les troupes sur place qui n’ont plus le moral. La guerre est absurde. Elle l’est encore plus quand elle déchire une même famille.

Les solutions ne manquent pas pour sortir de ce bourbier. Il faudrait un vrai dialogue national conditionné par l’arrêt définitif des armes, la libération de tous les prisonniers politiques sans exception. Nous ne pouvons plus occulter ces solutions. Elles portent les voies de la sagesse qui conduiront vers la paix des braves et un fédéralisme tant souhaité qui mettrait fin à la gestion calamiteuse des pontes du régime et à l’éclatement du pays.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste Indépendant

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